Paradise Wildlife Park (octobre 2014)

 
 
 

Premier atelier de l'ABWAK sur le panda roux 

 

 

 

 

Le 10 octobre 2014, le Paradise Wildlife Park, situé à Broxbourne dans le Hertfordshire (Angleterre), a accueilli le premier atelier sur le panda roux organisé par l'ABWAK (Association of British and Irish Wild Animal Keepers, l'association britannique et irlandaise de soigneurs animaliers). Au programme : Des présentations de soigneurs de divers parcs zoologiques sur la conception de leur enclos, le régime alimentaire distribué à leurs pensionnaires ou encore l'entraînement médical, et également des interventions sur la conservation de cette espèce en général et sur le terrain. Enfin des discussions de groupe ont été menées sur les différentes rations, l'élevage et les problèmes vétérinaires pouvant être rencontrés.

 

 

1- Les pandas roux du Paradise Wildlife Park

La première intervention était dédiée aux pandas du parc zoologique qui nous accueillait, le Paradise Wildlife Park. Après une brève présentation de ses pensionnaires, Jessie Croome a montré quelques photos de l'enclos, avec la végétation, les clôtures, les différents nids... Car chez les pandas roux, la femelle a tendance à déplacer ses petits d'une tanière à une autre. Il est donc préférable de lui proposer plusieurs nids (idéalement entre 3 et 5), avec une petite porte permettant aux soigneurs d'y accéder facilement, pour vérifier que tout va bien et nettoyer l'intérieur au besoin.

 

 

L'intervenante nous a ensuite parlé de la ration alimentaire de ses petits protégés, à base de « gâteau » fait à partir d'une poudre spécialement conçue pour les pandas et de fruits (poire, mangue, pêche, pomme, nectarine...), auxquels viennent s'ajouter les essentielles tiges de bambou.

Les photos suivantes montraient l’entraînement médical effectué par les soigneurs, qui consiste à emmener l'animal au moyen d'une cible confectionnée avec une tige de bois à laquelle est fixée une boule en plastique (appelée « target »), pour le faire entrer dans une caisse de transport, par exemple, ou lui faire ouvrir la bouche pour vérifier l'état des dents, le désensibiliser au toucher, pour lui appliquer une pipette antiparasitaire ou palper une femelle gestante...

 

 

Enfin, Jessie a évoqué le week-end organisé par le Paradise Wildlife Park en l'honneur du petit panda, dans le cadre de la « Journée Internationale du Panda Roux », dont les fonds récoltés seront reversés à l'association américaine Red Panda Network.

 

 

2- Présentation du Red Panda Network

La deuxième intervention fut effectuée par la présidente du Red Panda Network (RPN) en personne : Nikki Boyd, responsable de collection au zoo de San Diego, en Californie. Nikki a commencé par énoncer les chiffres estimés des populations sauvages des deux sous-espèces de pandas roux (en tout moins de 10000 individus restants) et a souligné l'importance de la forêt himalayenne, dans laquelle il évolue.

 

 

Elle a ensuite évoqué les efforts de conservation entrepris dans les différents pays concernés : le WWF en Inde et au Népal, le gouvernement du Bhoutan, « Flora and Fauna International » au Myanmar et en Chine, ainsi que des études universitaires, et le RPN au Népal. En tant que présidente de l'association, Nikki a présenté plus en détail le travail du RPN, notamment auprès des populations locales, avec la formation de gardes-forestiers, la diminution de la déforestation, la collaboration avec des partenaires pour trouver des ressources alternatives... (pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Internet du RPN :http://redpandanetwork.org )

 

 

La présidente du RPN a terminé en évoquant les moyens pour le public de s'investir : Adopter un panda, financer la formation d'un garde-forestier, participer à la Journée Internationale du Panda Roux, devenir membre du RPN, volontaire, ou encore partir dans le cadre de l'éco-tourisme !

 

3- Mise en place d'une ration alimentaire presque exclusivement à base de bambou – Drusillas Park

L'intervenant suivant, Mark Kenward, est soigneur au Drusillas Park. Il nous a commenté le changement des rations alimentaires qu'ils ont effectué auprès de leurs pensionnaires. En effet, ils sont récemment passés à une nourriture presque exclusivement composée de bambou ! (accompagné tout de même du gâteau à base de poudre spécialement conçue pour les pandas, et de grains de raisins utilisé comme récompense lors des séances d’entraînement médical) L'avantage étant qu'il s'agit de leur nourriture de base dans le milieu naturel, les pandas l'apprécient, et les visiteurs aussi, car ils peuvent ainsi observer un animal en train de manger au lieu de dormir...

 

 

L'inconvénient de ce mode de nourrissage est la quantité phénoménale de bambou nécessaire. En effet, le parc n'étant pas suffisamment pourvu, il a dû s'adapter. C'est ainsi qu'il a fait appel à la population locale pour l'aider à avoir la quantité suffisante, par le biais de publicités, d'annonces dans les journaux... Les employés ont mis en place de grands containers de stockage, et la population a été très réceptive à l'opération.

 

4- Conservation in et ex-situ : Présentation du GSMP du panda roux

L'intervenante suivante était Angela Glatston, la coordinatrice du GSMP consacré au panda roux. Un GSMP (Global Species Management Plan) est un plan de management qui regroupe tous les programmes d'élevage existants pour une espèce animale donnée. En Europe, par exemple, le programme d'élevage européen (EEP) du panda roux existe depuis 1985. Mais il faut savoir que le livre généalogique de l'espèce a été commencé en 1977. Le GSMP du panda roux a quant à lui été créé en 2012 et permet une gestion de l'espèce à un niveau international.

 

 

Pourquoi créer un GSMP ? La gestion d'une espèce en captivité est complexe. Le but ultime étant de pouvoir réintroduire des individus dans leur milieu naturel à plus ou moins long terme, il faut que la population captive possède une forte diversité génétique, pour que les individus les mieux adaptés puissent survivre. Il faut donc au maximum limiter la consanguinité. Là est tout l'intérêt de la tenue d'un livre généalogique lié à l'espèce, pour connaître tous les ascendants et descendants d'un individu. Mais un tel programme reste néanmoins limité à la région du globe dans laquelle il a cours. Le GSMP permet donc de regrouper ces programmes et faciliter les échanges entre ces différentes régions. Il encourage également la coopération entre les zoos, permettant ainsi une connaissance plus approfondie de l'espèce et de son élevage, et la promotion du soutien de la législation internationale.

Angela a ensuite rappelé pourquoi il était important d'avoir un programme de conservation du panda roux : moins de 10 000 individus restants, beaucoup de menaces parmi lesquelles la réduction de son habitat, le braconnage, ou encore les maladies. Elle a souligné en outre l'importance de la forêt pour la planète : elle fournit au monde environ 1/5ème de l'eau, elle est un haut lieu de la biodiversité et enfin aspire le carbone par le biais de la photosynthèse. Selon la coordinatrice de ce programme, la conservation doit passer par les zoos, évidemment, mais également par l'aide au développement des communautés locales et le support d'ONG (Organisations Non Gouvernementales) comme le RPN.

 

 

Elle explique le lien entre le GSMP et l'association américaine : Le GSMP encourage les zoos à adhérer au RPN, promeut la Journée Internationale du Panda Roux et fait le lien entre l'association et les programmes d'aide au développement des communautés locales. Le RPN quant à lui informe le public sur le GSMP et récolte des fonds pour ces programmes d'aide. Elle termine en évoquant les actions entreprises par les zoos européens et les objectifs qu'elle aimerait atteindre (sensibilisation, financement de gardes-forestiers...)

A l'issue de son intervention, le personnel du Paradise Wildlife Park a tenu à remettre à Angela Glatston et Nikki Boyd le chèque correspondant à l'argent que le zoo a pu récolté lors de la dernière journée internationale du panda roux.

 

 

5- Régime alimentaire du panda roux – Intervention de Mazuri.

La 5ème intervention fut présentée par un employé de l'entreprise Mazuri, fabricant et distributeur de produit alimentaires pour animaux. Il a commencé son exposé en expliquant comment étaient fabriqués les granulés pour herbivores, composés exclusivement de produits d'origine végétale, leur avantage en terme de stockage et leur coût moins élevé. Il s'est ensuite penché sur la composition de la poudre spécialement conçu pour les pandas : vitamines et minéraux essentiels nécessaires à l'espèce, et taux élevé de fibres, rappelant l'alimentation de base de l'animal dans la nature.

 

 

Il a expliqué comment, grâce à Mr Peter Bircher, du parc zoologique de Marwell (Angleterre), l'entreprise a développé le produit, suite à la conférence internationale sur le panda roux qui a eu lieu à Rotterdam en 1987. D'ailleurs, il a souligné que tous leurs produits étaient basés sur des recherches approfondies sur les espèces concernées. Cette poudre, enfin, aurait permis de sauver, quelques années plus tard, Yen-Yen, un panda géant du Parc Zoologique de Paris. En effet ce dernier dépérissait de jour en jour faute d’une alimentation adaptée à ses besoins.

 

6- Réhabilitation d'un enclos – Flamingo Land

Ross Snipp, de Flamingo Land, a ensuite réalisé une présentation de leur nouvel enclos à pandas roux. Ancien enclos à grues antigones, placé juste à côté de celui des tigres, la première préoccupation du zoo fut d'éviter que les pandas ne puissent passer de l'un à l'autre. Ils ont donc enlevé les arbres posant problème et élagué d'autres. Ils ont également changé le système de clôture, pour que les futurs pensionnaires ne puissent l'escalader. Il ont arrêté leur choix sur des vitres, tout le long du périmètre, une deuxième barrière, devant, empêchant le public d'y avoir accès. Point positif, l'aspect lisse de ce type de clôture empêche toute échappée, par contre les pandas ont eu besoin d'un temps d'adaptation pour comprendre qu'il y avait des vitres. Ils ont ensuite pensé à l'occupation de l'espace, en réalisant un parcours de plusieurs mètres de hauteur accompagné de cabanes et de plate-formes de repos. L'étape suivante est la végétation, avec la plantation d'arbustes et autres essences végétales.

 

 

7- Session d'entraînement médical – Paradise Wildlife Park

En début d'après-midi, les participants de l'atelier ont pu assister à une séance d'entraînement médical des pandas roux du zoo organisateur. Le principe de ces séances a déjà été évoqué dans la première présentation. Cette session a montré que tous les individus ne sont pas aussi réceptifs, que l'entraînement dépend de la volonté de chaque panda, que chacun apprend à un rythme différent, ceci étant valable dans toutes les structures zoologiques.

 

  

 

8- Discussions de groupe

Dernier temps fort de la journée, des discussions de groupe ont été menées sur les rations, l'élevage et les problèmes vétérinaires pouvant être rencontrés.

En ce qui concerne les rations, le souci de l'approvisionnement en bambou a été soulevé, car tous les parcs zoologiques ne disposent pas de la quantité suffisante pour nourrir leurs pensionnaires. La contribution du public, ainsi que les stockages et la congélation ont été évoqués. Les fruits, quant à eux, ont majoritairement été relayés dans le cadre de médication ou de récompense lors des entraînements médicaux, la nourriture sèche restant le produit principal utilisé. Il est à noter que les différents parcs zoologiques n'appliquant pas les mêmes rations, une transition alimentaire s'avère essentielle dans le cadre d'un échange inter-zoo. Enfin, fait non négligeable, il faut également tenir compte de la population d'animaux « sauvages » telle que les oiseaux, qui peuvent venir se nourrir dans les enclos. Il faut donc prévoir des endroits adaptés, à l'abri des « voleurs potentiels », voire en intérieur lorsque cela est possible.

Pour ce qui est de l'élevage, plusieurs points ont été discutés : les enclos, les rations spéciales, la mortalité infantile, la supplémentation des jeunes et la composition des groupes. Tout d'abord, comme évoqué précédemment, la femelle doit disposer de plusieurs nids, pour avoir le choix (jusqu'à 5). La présence d'un bassin n'est pas obligatoire. En revanche, l'enclos doit offrir aux individus la possibilité de se soustraire à l’œil humain. Enfin, en période de reproduction, l'intervention des soigneurs doit être réduite au minimum, pour laisser aux pandas le plus de tranquillité possible. Pendant cette période, les mâles s'alimentent plus, alors que les femelles mangeront davantage lors de la lactation. Les 7 premiers mois sont les plus cruciaux, pour les jeunes, avec environ 30% de mortalité infantile. La chaleur, notamment, peut être un problème, car alors la mère peut ignorer ses petits. Aux États-Unis, certains zoos ont installé un système d'air conditionné dans les nids. La question de la vaccination a été posée, mais la réponse diffère en fonction des zoos : Seulement pour les jeunes ? Annuellement ? Il n'existe pas de réponse type. En revanche, tous s'accordent sur la nécessité de contrôles réguliers, au moins visuels. Enfin, en ce qui concerne la composition des groupes, là encore, pas de consensus, cela dépend des zoos, des individus, de leur âge...

Pour conclure les discussions de groupe, les principaux cas vétérinaires ont été évoqués, notamment les problèmes dentaires, principalement liés à l'âge et à la composition alimentaire (plus de fruits pourrait être une solution...), la perte de fourrure, ou encore les bénéfices de l'entraînement médical et le traitement contre les ectoparasites et les vers, une fois de plus soumis à la volonté de chaque parc.

 

 

Ainsi, cette rencontre a permis à des passionnés, soigneurs animaliers pour la plupart, de partager leurs connaissances pour améliorer les conditions de vie des pandas roux en parcs zoologiques, d'en apprendre davantage sur leurs congénères sauvages et sur les moyens de les protéger, et surtout, le temps d'une journée, d'échanger avec d'autres passionnés autour de cet animal méconnu et qui pourtant gagnerait à l'être ! Merci à l'ABWAK pour cette initiative et vive les petits pandas !